Haïti chérie…
Tu as la peur au ventre.
Peur du coup d’Etat, peur des zombis, peur de la route, peur des chime, peur du retour des Duvalier…
Tu es inconsciente aussi, mais la foi te guide dans le brouillard de tes espérances. Christ et loa te protègent…
Et dans ton regard, et dans tes mots, perce cette évidence: tu as fait ta révolution.
Et quelle Révolution! A toi seule, tu symbolises la rédemption de l’homme noir, asservi durant un demi millenaire d’esclavage par le colon blanc.
Aujourd’hui, Haïti chérie, tu fêtes tes 200 ans.
Lakou,
vodou,
fatra,
Cité Soleil,
misère,
processions,
vengeance,
exil,
retour,
démocratie,
loa pike,
loa ginen,
bandits,
fierté,
mort au tournant,
fourmilière,
diab la,
merci mon dieu pour aujourd’hui…
Mais demain?
Haïti chérie,
toutes tes histoires,
fussent-elles vraies, fussent-elles fausses…
… et celles que nous avons vécues, au péril de notre vie,
ne sont que le témoin de ce mystère,
qui fait de toi ce que tu es.
Christ capable
En Haïti, on vit avec les morts. Les enfants jouent sur les tombes, mais leurs rires cachent souvent une terrible réalité. La mort est là, et elle est violente.
A Peredo, une vieille femme nous invite, dans sa cour. Elle ferme les yeux et saisit nos mains, en les serrant très fort. Les mots qui sortent de sa bouche sont totalement incompréhensibles. Son visage se déforme, ses yeux sont révulsés… de ses doigts monte une chaleur, qui s’empare de nous. Ses traits contractés semblent également si doux… Au milieu des poules, les enfants courent, dans tous les sens. Le maïs est doré, sous le soleil. La vieille femme reprend son allure initiale, et nous souhaite la bienvenue en Haïti. Elle nous présente son petit-fils. “Son père est mort”, dit-elle. Le petit, si réservé au premier abord, lui répond d’une voix tremblante: “Pourquoi tu dis ça tous les jours?”
On apprend juste après que son père a été assassiné. lire la suite...
Terre Rouge
Jacmel, vendredi 25 juillet 2003.
La journée avait très mal commencé. Nous étions anormalement énervés, incapables de nous mettre d’accord sur quoi que ce soit. En fin de matinée, nous décidons de rejoindre les hauteurs de la ville, dans la montagne.
Direction: Terre Rouge.
Deux heures d’attente, dans un pick-up, qui ne se remplit toujours pas. “Blanc, Blanc, Blanc, give me one dollar!”
Le chauffeur nous arnaque, on change de tap-tap. Après quelques mètres, la route se transforme en fleuve. Les roues du tap-tap s’enfoncent dans l’eau. Tout autour, il y a une grande agitation: femmes et enfants lavent leur linge, les hommes nettoient les bus. Entre la ville et la montagne, nous l’avons bien compris: le fleuve, c’est la frontière.
Le tap-tap s’engage dans un sous-bois. Nous montons. La ville semble de plus en plus lointaine. “C’est très dangereux ici”, nous dit le chauffeur. L’ascension, à faible allure, nous semble pourtant sans souci.
Du bleu de la mer, au vert de la forêt, nous passons au rouge de la terre. Nous sommes à Terre Rouge. lire la suite...
Lakou et vodou
Tous ces morts pour rien, et pourtant la vie continue. Par quel miracle?
Lakou et vodou… la réponse est peut-être là.
Lakou. Il s’est développé après 1804, dans les campagnes haïtiennes, autour du oumfò et du mèt kay. Aujourd’hui, dans le fatra de la ville, à Site Solèy, ou encore à Sou Ray, lakou et vodou sont le dernier rempart face à l’enfer de cette existence.
Site Solèy
Nous nous rendons là encadrés par des travailleurs sociaux du quartier Village de la Paix. Site Solèy:1 million d´habitants dans cette fournaise, pour trois millions d’âmes sur Port-au-Prince. Si c’est le plus grand, ce n’est pas le seul des bidonvilles, sur la capitale. lire la suite...
Frontera
Saint-Domingue, dans un café.
“Les Haïtiens nous ont envahi en 1801, en 1805 et en 1822!”, nous lance un enseignant dominicain.
“Sans les Haïtiens, Saint-Domingue serait encore espagnole!”, nous répond un ancien responsable associatif haïtien.
Vieille querelle... Qui dit vrai?
Dans les rues de la capitale domimicaine, quartier pequeño haiti, un taximan nous donne les clés.
Il est noir, parle français, et sursaute lorsque nous lui parlons en “haïtien”. Il étouffe son envie de nous répondre en créole, comme pour se protéger.
Il nous éclaire, en espagnol:
“A Saint-Domingue, il n'y a pas de racisme entre les Noirs ou les Blancs comme aux Etats-Unis par exemple. Mais il y a un vieux contentieux entre les Haïtiens et les Dominicains. L'Histoire seule peut nous aider à comprendre.” lire la suite...
